Chapter 3
Laïla, n’étant pas d’accord avec son aîné, continua.
— Non, non, pas de repos tant que tu ne m’auras pas écouté.
Malika souffla fortement avant de répondre :
— Laïla, pas maintenant, s’il te plaît.
— Et il est où Khalil, pourquoi n’est-il pas monté, demanda-t-elle, ce qui agaça Malika.
— Laïla…
— Et sinon, ma journée était superbe, merci de demander.
— D’abord, je suis heureuse que ta journée se soit bien déroulée, car la mienne était ennuyeuse. Ensuite, Khalil n’est pas venu, sûrement parce que sa chérie l’attendait, répondit l’aînée en levant les yeux au ciel.
— Ah, tu es jalouse, tu aimes bien Khalil, n’est-ce pas, questionna l’adolescente.
Malika secoua négativement la tête, un sourire amusé aux lèvres.
Laïla, pas du tout satisfaite de la réponse que lui avait donnée sa grande sœur, poursuivit son interrogatoire :
— Bon voilà, qu’as-tu encore fait pour que les parents, euh, papa, soient de nouveau en colère ?
Sans se soucier de ce que venait de lui dire Laïla, Malika retira ses vêtements, ses chaussures, puis les troqua contre un legging gris, un débardeur et son éternel sweat pour courir.
Elle enfila une paire de basket hyper confortable et décida de répondre à sa cadette, bien remontée après les propos qu’elle venait de tenir. Malika se redressa et lui dit :
— Je n’ai rien fait à père ou à mère. C’est que cette année, vous commencez à m’agacer encore plus avec vos absurdités. Si mon grand-père était encore en vie, je serais allée vivre chez lui et pas avec vous.
Malika avait haussé le ton sans le vouloir et cela effraya sa petite sœur. Elle l’avait blessé encore une fois.
Laïla ne comprenait pas pourquoi sa grande sœur ne l’aimait pas autant qu’elle. Comment son modèle pouvait être aussi cruel ?
Si les parents étaient souvent en colère, c’était sa faute. Elle ne faisait jamais rien pour améliorer leur relation et préférait se terrer dans sa chambre. Résignée, Laïla s’excusa auprès de sa sœur aînée.
— Je suis désolée, Mali, je ne voulais pas te vexer. Je ne comprends pas pourquoi tu ne m’aimes pas, dit-elle dans un murmure.
À l’écoute de ces mots, Malika fut troublée et un peu triste de voir Laïla impacté par sa relation avec leurs parents. Elle s’avança vers cette dernière qui était assise sur l’extrémité gauche de son lit. La grande sœur prit la cadette dans ses bras et s’excusa.
— Mais non, ne dis pas ça, tu es mon casse-tête chinois préféré. Et je suis désolée que ma relation avec nos parents te fasse penser ça.
Son père et elle avaient vraiment arrêté de communiquer après qu’elle eut fait sa première dépression. Et depuis, aucun des deux n’avait essayé d’arranger les choses.
Elle fit la bise à Laïla en lui disant
— Je t’aime beaucoup, énormément, même petite tête. N’en doute jamais, je pourrais mettre la terre à feu et à sang juste pour toi. Et concernant Khalil, je ne ressens que de l’amitié.
Après cela, elle se leva pour aller courir sans laisser le temps à l’adolescente d’en placer une.
Il était dix-neuf heures quand elle sortit de la maison, les écouteurs aux oreilles, sous les regards tristes de sa mère et de Laïla et celui inquiet de son père.
Monsieur HAMARAJ aimait tellement sa fille qu’il voulait le meilleur pour elle, mais ne savait pas comment s’y prendre. Ce n’était pas aussi facile qu’avec Laïla qui elle était très ouverte, contrairement à sa sœur aînée.
Il aimerait comprendre ce qui avait poussé sa magnifique petite fille dans cet état. Il aimerait revoir son beau sourire et écouter son rire si contagieux.
Le couple se sentait coupable d’avoir délaissé leur aîné au détriment de la cadette quand elle était venue au monde.
Malika courait depuis une bonne demi-heure déjà. Elle repensait à sa conversation avec Laïla.
C’était vrai que lorsqu’ils étaient plus jeunes, elle avait eu le béguin pour Khalil. Mais à cette époque, elle ne se trouvait pas attirante. Avec sa mine de morte vivante, qui aurait bien pu vouloir d’elle ?
Khalil préférait les filles pétillantes comme Julia, sa copine. Elle était tout le temps triste, donc se résigna et décida d’oublier ce sentiment.
Sans s’en rendre compte, Malika était allée dans un coin sombre de son quartier, qui était réputé pour être le repaire des bandits une fois la nuit tombée. Mais ça ne l’effrayait pas et elle continua sa course.
Les maisons étaient alignées tout le long de la route, devant chacune d’entre elles des grands arbres. Cette partie de la ville avait gardé son style de l’époque coloniale et contrastait parfaitement avec les maisons modernes que l’on construisait çà et là.
Dans cet endroit peu fréquentable la nuit se trouvait la maison ou plutôt la villa des parents d’Andrew. Lui aussi aimait courir le soir pour être en forme avant chaque match, mais aussi pour se vider l’esprit.
Pendant qu’il attachait ses lacets, une fille passa devant lui à une vitesse plutôt considérable. Les joggeurs nocturnes allaient le plus souvent courir au bord de mer où il y avait plus de luminosité et d’ambiance à cause des kiosques qui jonchaient toute sa longueur. Andrew voulait savoir qui c’était et pourquoi diable elle se dirigeait droit dans la gueule du loup.
Tout le monde savait qu’il y avait un groupe qui opérait plus loin et n’osait pas s’y aventurer la nuit. Bien sûr, il était une exception, car ce groupe en question était à lui et à ses amis.
Ils se disaient protecteurs de leur territoire, tandis que ceux qui venaient troubler l’ordre étaient des quartiers environnants. La renommée du groupe d’Andrew faisait peur à certains et pour les plus têtus, ils s’osaient à des bagarres dans lesquelles ils finissaient perdants.
Andrew suivait la silhouette qui venait de s’arrêter et s’était assise à même le sol en plein milieu de la rue déserte. Lorsqu’il arriva enfin près d’elle, il était surpris de la voir.
Elle avait les mains posées sur les genoux, ses yeux étaient clos et elle avait les écouteurs aux oreilles.
Andrew la trouva belle avec sa longue queue de cheval, c’était la pleurnicheuse, celle qui s’asseyait près de lui à la faculté. Il fut troublé par sa présence et l’observa inspirer et expirer comme si sa vie en dépendait.
Mais soudain, elle se mit à hurler tellement fort qu’elle faillit lui percer les tympans.
— Elle a vrillé ou quoi ? Merde.
Cela faisait cinq bonnes minutes qu’il la regardait sans comprendre ce qui se passait, essayant de trouver une manière de l’aborder.
Ça l’agaçait fortement, alors il posa brutalement sa main sur l’épaule de la jeune fille, l’interrompant dans sa quête de répit.
Celle-ci ouvrit donc les yeux et le regarda hébétée sans comprendre pourquoi il avait osé faire ça.
Andrew mit fin au silence qui régnait en prenant la parole.
— Eh, mais qui voilà ! Notre pleurnicheuse toute seule dans un endroit pas recommandable la nuit. Mais qu’est-ce que tu fais là petite, questionna-t-il sur un ton moqueur.
Dans un soupir, elle prit le soin de remettre ses écouteurs qu’elle avait retirés. Ce jeune homme l’énervait et il fallait qu’elle pense à autre chose.
N’étant pas du même avis, Andrew tira les écouteurs, les jeta au sol, ce qui la fit monter d’un cran.
— Mais t’es complètement malade, toi !! C’est quoi ton problème là ? Peux-tu t’éloigner de moi ou tu veux que je te tue là maintenant, dit Malika en essayant tant bien que mal de se calmer.
Andrew parut encore plus amusé par la situation, pourtant la jeune fille, elle, était très sérieuse. Il se disait que le jeu allait être encore plus amusant et il adorait ça. Elle ne lui rendrait pas la tâche facile, mais bon que demander de plus.
— Calme-toi, tigresse, fit-il, les mains en l’air avec un sourire moqueur. Je veux juste parler un peu. Tu ne sais pas que cet endroit est très dangereux la nuit ? Pourquoi diable es-tu ici ?
Il semblait sincère, mais Malika, elle pensait toujours à sa famille, à sa vie et à la conversation qu’elle avait eue plus tôt avec sa sœur.
La colère lui montait au cerveau, les nerfs en feu, tout marchait à mille à l’heure dans sa tête.
Elle se leva et commença à taper des coups de pied et de poing dans le vide avec précision. Andrew se contentait d’admirer la souplesse et la puissance des gestes de Malika.
— Comment une fille comme elle peut connaître la boxe, se demanda-t-il.
Une dizaine de minutes après, elle s’étalait de tout son long sur le goudron. Sa respiration était semblable à celle d’un animal enragé, blessé, sortant d’un long combat acharné.
Il s’approcha d’elle et au même moment, elle ouvrit les yeux. Son regard était sombre comme les ténèbres. Andrew s’assit près d’elle et Malika se redressa avant de prendre la parole.
— Vois-tu, jeune homme, il y a des gens que tu ne devrais surtout pas approcher, dont moi. Je n’apprécie pas la compagnie de tout le monde, ignore-moi, et nos vies ne seraient que plus belles, fit-elle d’un ton sec et ferme.
— Le jeune homme aime se faire de nouveaux amis, et davantage s’il s’agit d’une bête féroce comme toi. Aujourd’hui, en cours, tu paraissais si fragile qu’on pouvait te briser avec une pichenette. Et si on repartait sur des bonnes bases, toi et moi ?
Elle rit franchement et lui répondit :
— Toi et moi, hum, laisse-moi réfléchir, non merci. Tu es vraiment borné et stupide. Les gens comme toi, je préférerais ne jamais les côtoyer.
— Malika, aller, nous sommes dans la même classe à la faculté et sur le même banc. Je me présente, Andrew McLaren, J’ai vingt-deux ans et toutes mes dents. Il sourit pour les montrer.
Après un énième soupir, elle lui serra la main qu’il lui avait tendue. C’était complètement surprenant ce qu’elle venait de faire, mais elle se souvint des paroles de Khalil plus tôt.
Ce dernier voulait qu’elle se fasse de nouveaux amis et qu’elle s’ouvre un peu plus au monde qui l’entoure. Elle sourit, c’était vrai qu’il devait en avoir marre par moment. Il passait la quasi-totalité de son temps avec elle. Alors, elle fit l’effort colossal de faire connaissance avec cet inconnu.
— Malika HAMARAJ, vingt-et-un ans sans plus.
— Sinon, qu’est-ce qui t’a poussé à venir courir ici ?
— D’après toi ?
— Je n’en sais rien, des envies suicidaires peut-être ?
— En fait, ce ne sont pas tes oignons, va voir ailleurs si j’y suis.
— Eh du calme, je demande juste parce que les joggers préfèrent les endroits illuminés et animés comme le bord de mer par exemple.
— Eh bien, ce ne sont toujours pas tes oignons. Je cours où j’en ai envie.
— Okay, okay, tu n’as pas besoin d’en rajouter, dit-il en levant les bras en l’air.
Après son échec pour en apprendre plus sur le pourquoi de comment elle s’était retrouvée à courir dans ce coin, Andrew décida d’entamer un autre sujet. Les deux se mirent alors à parler jusqu’à ce qu’il fût temps pour eux, surtout pour Malika, de rentrer. Il était vingt-trois heures quand celle-ci arriva devant sa maison.
— Bon, voilà, tu es arrivée, on se verra demain, ma nouvelle amie. Tu peux rentrer, ensuite, je m’en vais, fit Andrew avec un sourire.
— Au revoir et bonne nuit, tâche d’être à l’heure demain.
Malika entra dans sa maison et il y avait ses parents au salon. Elle les salua brièvement puis se dirigea à l’étage, alla dans sa chambre, prit une bonne douche et se coucha.
Le lendemain à la faculté, Malika avait passé toute la matinée seule, sauf quand Andrew s’était assis à côté d’elle lors de la pause. Il lui racontait la bataille qu’il avait eue avec sa sœur au petit déjeuner. Il pouvait être drôle ce garçon. Se battre avec une enfant à cause d’un pot de confiture. Elle aurait aimé avoir une relation comme celle-ci avec sa sœur.
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